vendredi 12 juin 2026

Célibataire

Oh la joie d’être célibataire! J’en arrive à ce point tant espéré où la perspective d’avoir quelqu’un dans ma vie ne me réjouit pas tant.
Oh le plaisir d’aller boire un verre ou se faire un petit resto seule. 
Oh le plaisir de l’amitié aussi. 

lundi 8 juin 2026

Vieillir (texte 2022)

Ta tante Mad a eu un malaise. Tu ne sais plus trop ce qui s'est passé. Tu es si loin. Tu sais que ta mère est inquiète, qu'elle a eu peur de perdre sa sœur. Que ça pourrait être un problème d'audition, le tympan, l'équilibre, mais tu as aussi entendu le mot AVC. Agnès aussi a fait un AVC il y a quelques années. Tu l'as appris d'ici, de l'autre côté de l'Atlantique et tu as suivi ça mollement. Ta vie continuait ici. Tu les aimes tellement. Ta famille là-bas te donne peu de nouvelles mais le « téléphone Moulin » circule bien, par l'intermédiaire de ta mère. Et quand tu rentres au pays, l'accueil est chaleureux et c'est comme si le temps n'avait jamais passé. Tu n'as fait aucune fête de famille depuis que tu es partie il y a 12 ans, sauf en 2012, quand tu es rentrée, ta tante Agnès avait fait des petites retrouvailles en décembre avec tous les oncles et tantes et quelques cousines. Tes enfants étaient contents, ils ont connu cet esprit de famille, quand les enfants s'amusent pendant que les parents s'amusent de leur côté.

Ta mère a 70 ans et tu sens que ces malaises lui font peur. A toi aussi. Depuis quelques années déjà, tu sens que les cheveux blancs, les bobos qui ne se réparent plus aussi bien qu'avant, t'entrainent vers la fin. Oui, c'est tragique, dit comme ça, mais c'est bien ça. Tu as beau refusé d'appeler ta mère « vieille » ou « aînée », elle vieillit pareil. Et toi aussi. Et si tu retournais vivre en France, le temps aurait passé pareil. 


Mais malgré tout, tu le sais, la force de votre amour, les valeurs familiales sont là.


Ça se rapproche et on sent que c'est ça finalement, une vie, 70, 80 ans, 120 ans peut-être si on est chanceux mais pas plus. On se rend compte de notre finitude et qu'on doit faire avec. Qu'est-ce que ça change en fait? Rien. Pas question de s'en faire plus pour ça sinon ça deviendrait invivable. Le goût de vivre mieux, de mieux faire les choses, d'être carpe diem, de laisser une trace derrière soi? Non plus, sinon ça deviendrait tellement solennel. Simplement continuer.

samedi 6 juin 2026

Lilianne Coté

Je tombe sur ses livres par hasard, à donner au Centre des femmes et je sais que ça va être bon. Je connais Liliane par le Saint-Jude où je travaille comme femme de ménage et je sais que j’ai fait le bon choix en m’entourant de gens cultivés et tranquilles.

Parmi tous ces bourgeois, tous n’ont pas des livres et encore moins des bons livres. Il y a quelques bons titres chez Lilianne.

C’est une petite femme discrète. Elle reste en appartement tandis que son mari est dans la phase 2, l’aile pour les personnes moins autonomes. Ils marchent souvent ensemble. 

Son premier livre est un récit sur la dépression du conjoint, qu’on devine autobiographique. Il y a cependant une certaine mise à distance puisque les personnages ont des noms différents. Sachant par contre que le narrateur/auteur est aussi personnage, je me demande si elle n’a pas eu un traitement différent des deux personnages mais le résultat final est impeccable. Certainement un livre important pour comprendre la dépression. Le deuxième est un récit autobiographique également, de souvenirs d’enfance. L’écriture de Lilianne est délicate et précise comme l’est celle de Margaret Laurence ou Gabrielle Roy.

Traumas

Un jour qu'il était enfant, mon pote Charlie a vu son père arriver avec un fusil de chasse. Il venait tuer sa mère, récupérer la garde de son fils, peut-être tuer tout le monde ou lui-même.

Des histoires comme ça, j'en ai plein.

Comment on fait pour vivre avec ça? 

jeudi 4 juin 2026

Abuela

On arrive à Québec un soir d'été. Ameth et Robert ont fait le déménagement. Comme d'hab, je les regarde porter en aidant mollement. Je m'occupe des enfants. On arrive le soir et y a un dégât des eaux dans le logement. Y en aura d'autres des dégâts des eaux. Mais quand ça arrive Irénée, la propriétaire, nous fait toujours le mois gratis. Quand on arrive les enfants sont épuisés. Elle nous dit «venez, venez». Je sais plus comment ça s'est passé. Sûrement qu'on a pris un café avec la crème à la noisette. Les enfants tombaient de sommeil alors on les a couchés en haut. Lucas, son petit-fils qui a l’âge d’Arona, dormait déjà. 

Je découvre un intérieur bordélique, avec des vieux meubles, un piano et un espace de jeu pour les enfants avec une cabane en bois. Y a aussi Véro, la fille d'Irénée Elle est handicapée, et Luca est son fils. Voilà. J'apprends vite tout ça. Puis on rencontre Oscar, le grand-père. J'apprendrai plus tard qu’Irénée a divorcé à 70 ans après avoir vécu la violence conjugale. Un jour, elle a dit ça suffit. Il lui en a fait baver pendant le procès, réfutant bien sûr la notion de viol conjugal et ne comprenant pas en quoi un père contrôlant est une mauvaise chose. «On avait pas droit de parler à table». Mais au moins elle est restée dans la maison. Maintenant ils sont amis. Oscar est un monsieur très gentil et un grand-père attentif pour Luca. Il vient souvent chez elle, «mais s'il va trop loin, je lui dit "la porte est ici"». Ça fait qu'elle a tout de suite vu ce qui se passait entre moi et Ameth. 

Bref, on a passé la nuit chez Irénée, et évidemment le matin, elle nous a reçu avec un bon petit déjeuner. La table était mise. Après, on l'a connue de plus près. Elle était notre propriétaire, voisine et amie. Quand on avait des dégâts des eaux ou autres problèmes, elle nous faisait le mois gratuit. Elle gardait les enfants souvent et Luca venait jouer souvent aussi. Elle était contente d'avoir des locataires gentils et cultivés comme nous. On était contents d'avoir une proprio-voisine-amie non matérialiste qui aimait chiller autour d'un bon café. Les années ont passé comme ça simplement. Irénée avait inscrit Luca à des cours de violon, piano et karaté. Nous on zappait un peu d'une activité à l'autre, pas vraiment certains de vouloir en faire des virtuoses. Qu'importe, ils n'ont pas été malheureux et ont développé le goût des arts pareil, sûr que le modèle de Luca les a inspirés pareil. Mais surtout, ils déconnaient bien tous les trois, ils se sont connus de  5 à 8 ans pour Olga, 7 à 10 ans pour Arona, la complicité d'un petit voisin avec qui on rigole, on fait des conneries, on lâche son fou. On aurait pu rester plus longtemps mais c'était déjà pas mal. Et ils ont connu aussi cette «abuela» comme ils appelaient Irénée au bout d'un moment. Je ne sais ce qu'est devenue cette abuela aujourd"hui, je l'appelais pour la bonne année, pas tant sûre de moi, après tout c'était notre proprio. Mais elle était toujours contente de nous voir. Quand on va à Québec, on lui rend parfois visite. On a vu Luca grandir et Véro parfois arrêter de fumer, parfois reprendre.