Je me réveille à 6h30. Laisser de côté un peu bébé qui dort dans mon lit et qui va pleurer dans deux secondes vu qu’elle n’a plus sa dose de sein. Aller réveiller les deux grands. Relancer les deux grands pour qu’ils se réveillent. Prendre bébé et aller préparer du gruau vu qu’il n’y a plus de tartines et plus beaucoup de céréales. Installer tout le monde à table et remplir les boîtes à lunch en faisant manger bébé. Motiver les troupes. Aller prendre sa douche avant le départ des grands pendant que bébé regarde Petit ours brun. Dire bye bye aux grands. Accompagner l’aîné en voiture à l’école parce qu’il est en retard. Déposer bébé à la garderie parce que c’est correct après six jours à la maison, la grippe est finie.
Revenir à la maison chercher la brocheuse. Chialer après le clavier parce que le b est magané ça fait rocheuse. Filer vers la ibliothèque. Mettre les livres dans la boîte à livres parce que la bibliothèque est fermée. Aller déjeuner au café communautaire. Au café, un kiosque de prévention du collège contre le suicide. Deux filles discutent avec les gens seules. Je vais vers elles parce que peut-être j’ai pas l’air assez seule pour qu’elles viennent vers moi. Oui je suis seule aussi. Elles me laissent une pince à linge « T’es importante pour moi ». À qui la donner? Je prends la parole dans le café et décide de parler à tout le monde. E. la mégalo. Vous êtes tous importants pour moi et j’aimerais vous le dire autre part que sur fesse bouc – je me mets à pleurer en disant ça – et by the way, n’oubliez pas la soirée scène ouverte au café début mars. Oui vous êtes importants pour moi, vous que, pour la plupart, je côtoie régulièrement ici, et ce kiosque vient me chercher en me rappelant mes années sombres, mais, suis-je trop timide, ou eux trop pudiques, personne ne vient me parler, grand moment de solitude comme on dit. Je saisis un journal pour me cacher. Pourtant, tout le monde avait de quoi raconter aux animatrices des kiosques.
Retour vers la bibliothèque : imprimer textes en exemplaires, imprimer formulaire d’inscription, brocher textes, préparer enveloppe, vérifier le tout, poster enveloppe. Envoyer courriel avec le texte.
Aller à l’école. M. ne mentionne pas mon absence. G. me demande comment va ma fille. Le prof dit « tu nous a manquée ». J’existe. Faire l’examen de mécanique. Oui, ce petit cours de mécanique inséré dans le DEP en horticulture, pour savoir réparer une tondeuse, vaut son pesant d’or, quand nous sommes presque tous des analphabètes des travaux manuels.
Aller chercher bébé à la garderie. Décider de marcher plutôt que de rouler. Se rendre compte que ça va nous mettre un peu en retard. Se rendre compte que ça nous fait du bien plutôt que de marcher. Arriver en retard. Un médecin enfin. Tout va bien pour l’amour de Dieu. Rentrer à pied. Mollets froids. Attendre A. pour qu’il vienne chercher bébé. Regarder les réseaux sociaux quand je devrais garder mon temps pour bébé. Se câliner. Bébé part avec son père et moi avec J.
Rencontre dans ma galerie d’art préférée pour monter un projet théâtre. Des gens qui ne ans ne se connaissent pas décident de monter le petit prince. Cette fille vit de son art depuis même si elle doit faire l’animatrice pour ça et s’adapter à sa clientèle. Cette fille vit modestement mais y croit. Ne plus être salariée. Être son propre patron. Comme VLL. Femmes tenaces, avec enfants, rien à foutre. On y croit.
Jase avec J. Blablabla. Toujours les mots nous viennent mais les verres aident. Ne pas être relou. Lui parler du suicide quand même. Ça te dit quoi toi? Oui on connaît tous ça. Oui pourquoi on a pas droit de la crier : T’ES IMPORTANT.E POUR MOI et ça peut tous nous arriver et non c’est pas youp la boum tous les jours bonheur fesse bouc de chaque instant.
Le discours de la directrice qui quitte la galerie d’art me bouleverse. Elle parle à peine de son départ, passe dix fois plus de temps à parler de ses collaborateurs. Elle aime le monde. Je prends la parole deux fois pendant les discours. E. la mégalo. J’existe. Besoin d’exister d’exister comme un poisson sans eau.
Retour à la maison. J’écris. Te voilà face à ton clavier.