En sortant de la gare routière, un homme chante "La folie en quatre" de Daniel Bélanger. Elle reste pour écouter toute la chanson puis laisse un billet de cinq dollars à l'homme. C'est si beau et si bien chanté.
vendredi 9 mars 2018
samedi 3 février 2018
Pour bébé Ham notre regretté hamster
Tu fais ton nid avec un peu de paille, quelque plumes pour la douceur, tu t'enfouis dedans, tu te mets en dormance. Tu rêves. Tu rêves que tu rêves. Tes rêves t'appelles. Tu te réveilles parfois pour boire ou manger un peu puis tu replonges. Ton corps s'est amolli. Tu es dans ta tête. Seul ton sexe parfois se rappelle à toi. Tu as oublié les émotions. Léthargie bienfaisante du temps d'hiver. Avant de revivre.
La panne
Alors comment on résout la panne d'écriture quand on n'a plus de jus pour cette ébauche de roman et qu'on ne sait plus où elle s'en va Jennifer? Quand on n'a plus de poèmes en stock parce que les seuls qui te plaisent vraiment sont ceux que tu as écris à vingt ans et que tu ressers, indéfiniment? Comment tu faisais à vingt ans, hein? Ben oui, l'écriture automatique, la spontanéité, le train, le bus, la marche... le mal de vivre...
Mais trêve d'autonarcissisme, tu as passé l'âge et le monde n'est pas venu là pour ça. Tant qu'à ça lance-toi dans de l'écriture automatique, comme dans les soirées slam, tu présentes, même si tu n'assumes pas tout. Au pire, ça donnera au monde l'envie d'en faire autant.
vendredi 26 janvier 2018
Jennifer 4
Elle se massa légèrement la nuque pour enlever la tension accumulée par la mauvaise posture et se rapprocha de la porte. L'autobus arriva. Elle alla s'asseoir au fond. Une jeune femme, deux ou
mercredi 24 janvier 2018
Jennifer 3
Le lendemain, elle fut réveillée par le bruit du chauffeur qui était déjà levé. Elle s'aperçut qu'ils ne s'étaient même pas présentés.
- Tu es déjà levé?
- Oui, j'aime regarder le jour se lever.
- C'est quoi ton prénom en fait?
- Andrew. Et toi?
- Jennifer.
Elle vint s'asseoir à côté
Portraits : Mady-Hawa T.
Mady-Hawa T., jeune homme de dix-sept-dix-huit ans. Il vient d'arriver à Laval et on remplit ensemble sa demande d'asile pour l'OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides). Il sourit tout le temps et a l'air d'avoir un enthousiasme indéfectible. Quand je lui pose les questions habituelles, il me fait les réponses habituelles. Ethnie : diakhanké. Langue : diakhanké. Il répond avec une fierté telle que je lui pose des questions sur les Diakhankés. Pourtant, la plupart des Guinéens à Laval sont diakhankés. La plupart des demandeurs d'asile guinéens qui arrivent à Alter-Égaux semblent s'excuser d'être diakhankés car ils savent que les Guinéens sont devenus des indésirables à Laval. Même les Sénégalais s'en plaignent et craignent d'être pris pour des Guinéens.
Mais Mady-Hawa, lui, a cet enthousiasme indéfectible.
mardi 23 janvier 2018
Youtoubeuse
Un projet fou comme ça, parmi mes projets fous et inaboutis faute de temps ou... de persévérance :
faire des vidéos youtube humoristiques.
Voilà quelques projets de sketchs, avec la ponctuation imprécise, parce que c'est à préciser en les jouant. Si le projet vous intéresse et que vous avez des talents en vidéo et en média sociaux, ou juste l'envie de m'aider, contactez-moi !
faire des vidéos youtube humoristiques.
Voilà quelques projets de sketchs, avec la ponctuation imprécise, parce que c'est à préciser en les jouant. Si le projet vous intéresse et que vous avez des talents en vidéo et en média sociaux, ou juste l'envie de m'aider, contactez-moi !
Youtoubeuse
Trop
vieille
Quand j’ai dit à mes enfants « Je vais
être une youtoubeuse », ils m’ont dit « t’es trop vieille maman! »
Bah j’ai dis oui
Route 132
Souvenirs d'une année particulière, mon année en Gaspésie, où, immergée en milieu bilingue, je me risquai à écrire en anglais... N'hésitez pas à souligner mes fautes, mais j'aime à imaginer qu'il se dégage peut-être de cet anglais sommaire, une poésie naïve...
While I'm driving I see some moose eating the fresh grass growing in front of the wood. Behind the is a deep wood, as deep as an ocean. The moose enter in the wood and then it disapear. Where is it gone? No one knows. I'm driving to the Gaspésie and I leave it in its wood. I won't return the anymore, I'm just driving, keeping y eyes on the road.
Sometimes I feel tired, I feel like sleeping. Now the night has fallen. The stars are lighting in the sky. Ican see a thin pale moon. I open the window and put my arm on the left side. I can feel the air and some fuckin flies singing the little songs with the wind. Everything is calm. The trucks are driving slowly. I can see theirs lights, the beautiful cabines and inside the big red face of the driver, smiling to the stars or to the woman's picture standing over them as a christ icone. I'm driving. I feel some melancholy thinking about what I'm leaving and also hapiness thinking what I will find.
samedi 20 janvier 2018
Martha Argerich
C'était quand je vivais en France. J'avais une rencontre à la bibliothèque et j'étais rentrée vers vingt-deux heures. Sur la route, j'écoutais France Musique et juste en arrivant chez moi, ça passait Martha Argerich, la pianiste préférée de Baddredine. J'avais mis la radio à fond. J'essaie de faire un créneau entre deux autos, et comme ça ne passe pas, je vais me garer plus loin sur le grand stationnement à côté.
Le lendemain, Angel, la blonde de Bad, m'appelle et me dit "t'es rentrée dans notre voiture?". Moi : "bah non..." Elle : "Ne dis pas non, la voisine t'a vue."
Et là, j'ai compris que ça devait être vrai, je n'en n'avais ni contre elle ni contre la voisine, je suis du genre à laisser mes coordonnées quand j'emboutis un autre véhicule, mais avec la musique à fond, je n'avais tout simplement pas remarqué que j'étais rentrée dans leur auto !
Quand je suis allée voir Baddredine et Angel pour m'arranger avec eux, je dis à Bad : " Tu comprends Bad, Martha Argerich !" Il a compris bien sûr ! Et j'ai payé le phare cassé.
vendredi 19 janvier 2018
Pourquoi écrire?
Pour faire sortir le méchant (Annie Minier)
Écrire comme si votre vie en dépendait (Rilke)
Écrire est invivable (Marguerite Duras)
Avoir une chambre à soi et une rente pour écrire (Virginia Woolfe)
Bon, je n'ai pas forcément envie que ma vie dépende de l'écriture, ni que ce soit invivable, j'ai une chambre à moi mais pas de bureau, mais parmi tous mes questionnements c'est heureusement Annie qui m'a redonné le goût d'écrire et d'y mettre mon âme, parce que, primo ça fait du bien et deuxio, que ça plaise ou pas il faut pratiquer pour s'améliorer, alors on continue!
mercredi 17 janvier 2018
Jennifer 2
Elle sortit, sans claquer la porte. Elle ignorait qu'elle ne reviendrait plus vivre ici, mais elle n'avait pris que son sac à dos qui contenait son portefeuille, un livre et une brosse à dents.
Elle marchait sans savoir où elle allait. Elle n'était pas assez vêtue pour le froid qu'il faisait mais pas question de revenir en arrière. Quand elle fut arrivée sur la rue du Pont, elle se mit à marcher vers la route de Chicoutimi. Elle remonta le col de son manteau, comme si elle craignait que quelqu'un la reconnaisse et la ramène chez elle. Elle fit au moins 6 km avant de s'arrêter pour faire du pouce. Personne ne l'avait ramenée chez elle mais elle était gelée. Heureusement, un véhicule s'arrêta rapidement. Un camion.
- Où tu vas?
- Chicoutimi.
- Monte.
Elle grimpa dans la cabine.
- Comment tu t'appelles?
- Jennifer.
- Qu'est-ce que tu faisais sur cette route?
- Je sacre mon camp de chez moi.
- Ah...
Il avait l'air de comprendre. Il avait un long visage fatigué, avec de gros cernes noirs sous les yeux, et des grandes dents un peu croches.
- Tu conduis pas?
- Non, je suis sur le pilote automatique, c'est bien fait, ces camions-là, ça se conduit tout seul, comme ça, je peux dormir de temps en temps, ou lire. Tu aimes lire?
- Oui, qu'est-ce que tu lis?
- Pantagruel, Tu connais?
- Non.
- C'est bon.
- Moi, je lis Carson McCullers, Le coeur est un chasseur solitaire.
- Ah ouais, j'ai lu ça il y a longtemps, c'est pas mal.
- Pas mal? Tu veux dire c'est génial!
- Ouais... Tu veux des chips? J’en ai a l’arrière de la cabine.
- Oui.
- Vinaigre ou ketchup?
- Ketchup.
- Moi aussi, c'est celles que je préfère. Un coke?
- Oui, merci.
C'était la première fois qu'elle montait dans un camion. Le siège était vraiment confortable et on c'était beau, voir la route de haut, comme ça.
- Ça c'est quoi?
- Un disque kilométrique. Ça permet de mesurer les kilomètres parcourus, ça indique les temps de pause et tout ça. Mais je l'ai truqué pour faire moins de pauses.
- Et c'est pas dangereux?
- Non.
- ... Tu transportes quoi?
- Des volailles.
- Ah ouais, et elles ont pas trop froid?
- Non, c'est bien chauffé là-dedans et éclairé, un vrai hôtel 5 étoiles!
Elle commençait à s’assoupir dans le siège rembourré.
- Écoute, je vais m'arrêter parce que je dois faire ma pause mais si tu veux, tu peux dormir dans mon camion. J'ai trois couchettes.
- ... Tu vas pas à l'hôtel?
- Non, je dors et je mange dans mon camion, pour économiser. Par contre, m'arrête au stationnement du bar de danseuses de St-B. pour faire comme les autres.
- Et tu y vas pas?
- Non.
- Ah...
- Alors, tu veux dormir ici, ou tu préfères que je te trouve un endroit où te déposer.
- Je veux bien dormir là.
Le camion s'arrêta. Sur le stationnement, il y avait beaucoup d'autres poids-lourds.
- Je vais aller nous chercher des sandwichs.
lundi 15 janvier 2018
Chroniques de la pauvreté ordinaire
Quand j'avais la vingtaine, j'avais pour projet d'écrire des chroniques de la pauvreté ordinaire (et aussi des chroniques du racisme ordinaire). Je vous livre ici deux anecdotes, textes jamais écrits mais restés dans mon souvenir, parce que je me dis qu'après tout, tant pis si je ne les écris pas quand j'ai l'inspiration, s'ils sont bons, ils me resteront en tête.
Regard porté sur la pauvreté sans condescendance parce que depuis que je fréquente le café communautaire l'Accès à Alma, je n'ai plus honte d'être pauvre. Entendons-nous bien, je ne dis pas que c'est le fun d'être pauvre, je ne suis pas si pauvre non plus et je n'haïrais pas améliorer mon confort et ma sécurité matériels, mais quand j'ai lu Le Manifeste du parti communiste, vers 17-18 ans, je me suis dit, mais pourquoi Marx dit-il "le prolétariat" et pas "nous", vous comprenez? Voilà, c'est ça, je dis "nous".
Hmm, en les écrivant, ces souvenirs sont brefs, on va plutôt les nommer "Instantanés"...
Hmm, en les écrivant, ces souvenirs sont brefs, on va plutôt les nommer "Instantanés"...
On était à l'auberge de jeunesse de St-Malo avec Ameth, pour notre lune de miel. Dans la cuisine, un couple, avec un petit bébé, discutait avec un ami : "on déménage au camping, parce que c'est moins cher. Mais tu passes quand tu veux hein? La tente est grande!"
Instantané 2 :
Chicane de couple de SDF - itinérants comme on dit au Québec - devant la gare de Rennes. Ils se crient dessus devant tout le monde. Comme ils n'ont ni enfants ni meubles à se partager, ils se disputent pour savoir qui gardera le caddie (chariot) plein de bouteilles de bières...
Il y a un couple au café qui m'inquiète beaucoup. Lui est un quadragénaire bien relaxe, il fume son petit joint de temps en temps et chille. Une fois qu'on attendait devant le café avec Laurier pour rencontrer Manon durant sa campagne, il arrive avec un grand sourire et dit : « ça vous tente de fumer? ». Avec Laurier, on l'a regardé en souriant et on a dit « euh, non... ». Pas vraiment notre genre. Mais ben chill, quoi. Elle est une fille aigrie par la vie, en guerre contre le système et contre elle-même. Elle a étudié en travail social et a fait beaucoup de bénévolat et de projets pendant ses études. Mais trop forte tête, trop mauvais caractère, elle s'est marginalisée et maintenant a l'impression que personne ne peut l'aider. Je la connais peu mais j'ai l'impression que chaque fois qu'on lui propose une solution, ça lui semble trop compliqué et qu'elle les refuse. Moi aussi, j'ai eu ce caractère, la haine envers soi-même et les réflexes d'auto-sabotage, mais je souhaite qu'elle ravale son orgueil et se trouve un logement car sinon, elle va mourir de froid dans pas long.
Je pensais pas que ça arrivait au Québec mais il paraît que oui, et j'en veux presque au café d'avoir laissé leur terrasse aux itinérants, parce que là il faut qu'il se trouve un toit et ça presse!
Mais je sais que le café fait ce qu'il peut, y compris pour la défense des droits mais tout le monde s'en fout tellement.
Bref, je parlerai pas à cette fille et elle fera ce qu'elle a à faire mais je pense bien à elle, même si elle me voit à peine...
dimanche 14 janvier 2018
David B.
David B. arrive de Géorgie. Il a quitté son pays et est venu en France demander l'asile. Il se tient avec Soslan, Vanda et un autre monsieur dont j'ai oublié le nom. Il serait l'oncle de Soslan. Je dis "serait", car, comme la plupart des demandeurs d'asile que je rencontre à Alter-Egaux, je ne suis jamais sûre qu'ils disent la vérité. Difficile empathie, confiance, à l'égard de gens qui ne parlent pas ma langue, ne sont pas de mon pays. L'altérité. Les étranges comme on dit au Québec. Aujourd'hui c'est moi l'étrange.
Pourtant, pourquoi viendraient-ils ici? Pour manger le pain des Français? Je peux vous dire pourtant que pendant les années où j'ai cotoyé D., il n'a eu qu'une vie entre parenthèses, une sous-vie. Je peux te dire que, quelque soit le récit que me faisaient ces gens, parfois peut-être ajustés dans le but de plaire à l'OFPRA (office français de protection des réfugiés et apatrides), de rentrer dans les cases (réfugié politique est plus légitime que réfugié économique), il y avait des visages qui en disaient long, d'une extrême gravité ou d'une extrême lassitude. Il y avait ce monsieur algérien qui par trois fois, envoya une enveloppe vide à l'OFPRA, peut-être trop de choses dans la tête pour réussir à envoyer ce maudit dossier...
D. venait d'arriver de Géorgie. Lui et sa famille m'ont fait le récit que j'ai écrit pour l'OFPRA, grâce à Soslan, jeune homme de seize-dix-huit ans qui faisait office d'interprète pour sa famille. Même si la télévision parlait des événements en Géorgie, leur récit n'était pas assez convaincant, faut-il croire, ou leur profil pas assez séduisant, surtout celui de D., homme fatigué, maigrichon dans la cinquantaine, non francophone de surcroît. À leurs débuts, ils nous ont invités à manger, moi et Ameth, un soir. Modeste souper qui devait représenter beaucoup pour eux, accompagné de vodka comme au pays. Ameth et moi mangions du bout des lèvres, comme si on nous avait offert des doubitchous dans Le Père Noël est une ordure, encore un film qui présente des préjugés néfastes sur les migrants. Plusieurs décennies plus tard, je viens de tomber sur le film 7 jours pas plus, avec Benoit Poelvoorde, qui colporte encore des préjugés dégueulasses sur les migrants... (Le Père Noël est une ordure avait au moins le mérite d'être drôle)
Aujourd'hui c'est moi l'étrange mais la moins étrange des étranges au Québec... La maudite française peut-être mais sans plus, je bénéficie de préjugés favorables parce que je parle français, que je suis blanche et non musulmane...
Quelques mois plus tard, Soslan faisait des affaires sur la place de la République, des affaires louches, certes, mais qu'aurait-il pu faire d'autre? Les demandeurs d'asile n'avaient (en tous cas à l'époque) pas le droit de travailler. Juste le droit de toucher les aides, assez maigres, qui malgré tout pouvaient servir pour aider la famille là-bas. Et, aberration, les demandeurs d'asile allaient chercher leur aide à l'Assedic, là où les chômeurs allaient chercher leurs prestations. Les "bons français" voyaient alors de longues files d'immigrants et s'imaginaient peut-être (ou peut-être pas d'ailleurs...) qu'ils venaient en France juste pour toucher les aides, sans savoir qu'ils n'avaient pas le droit de travailler.
Quelques années après, j'ai revu David. Il me dit qu'il sortait de prison. Je n'ai pas voulu savoir pourquoi et de toutes façons son français était encore limité. On est simplement allés prendre un café.
Textes féministes
Le féminisme est une cause qui m'anime : j'ai écris cinq articles par rapport à mon vécu de femmes. Trois dans la revue web créée par la talentueuse Stéphanie St-Pierre : les Affemmées. Je vous laisse chercher mes articles, ça vous permettra de regarder les autres articles, tous très intéressants. Un autre article a été publié sur le blog Je suis féministe.
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