lundi 30 octobre 2023

Les rapetissés

Ils arrivaient là si rapetissés qu'on les mettait dans des boîtes d'allumettes (des grandes boîtes d'allumettes, mais quand même...) et on les laissait se reposer là en attendant qu'une infirmière prenne soin d'eux.

Mme Tennebaum était l'une de ces infirmières.

Ce matin-là, elle ouvrit la boîte d'allumettes qui avait la priorité selon la liste d'arrivée. Elle y découvrit une minuscule femme qui dormait comme un bébé. Dieu merci, souvent les gens qui arrivaient là se sentaient bien. Plus rien ne les attendait au dehors, plus d'obligation, ils pouvaient enfin se reposer.

Mme Tennenbaum portait la coiffe des infirmières, ainsi qu'une robe-blouse ceintrée, fraîchement amidonnée. Elle avait de beaux yeux bleus, un sourire radieux et de grandes mains fines. Elle prit la toute petite femme dans une main et commença à lui masser les pieds, tout doucement, sans la réveiller, du bout du pouce. Puis elle lui caressa le dos, et la femme poussa un grand soupir. Après quoi, elle se lova encore en position foetale, ses petits poings serrés contre ses joues.

Enfin, Mme Tennenbaum lui caressa doucement les cheveux de son index, ses cheveux blancs si doux, et la femme s'éveilla. Le temps de ce court massage, elle avait déjà commencé à grandir et elle ne rentrait plus dans la main de Mme Tennenbaum. Celle-ci mit sa main en forme de siège pour que la femme puisse s'y appuyer. La toute petite dame la regardait avec ses grands yeux et un sourire discret.

- Bonjour.

- Bonjour, Mme...?

Les personnes qui arrivaient ici avaient rarement des noms.

- Gisèle.

- Bonjour Gisèle. Je suis Mme Tennenbaum. Mais vous pouvez m'appeler Christa.

- Bonjour Christa.

- Comment vous sentez-vous?

- Bien. Très bien même. Je suis contente d'être ici.

- Oui, une chance qu'on vous a trouvé à temps, car vous étiez sur le point de disparaître.

- Oui, je sais, dit-elle en souriant.

Beaucoup de personnes rapetissaient tellement qu'elles finissaient par disparaître sans qu'on les trouve. C'est un voisin qui avait trouvé Gisèle montant avec peines les escaliers du haut des dix centimètres qu'il lui restait, et qui l'avait ramassée pour l'amener là. 

Tout irait bien maintenant.

-Je peux vous déposer dans le salon? Je vais m'occuper d'une autre personne.

Et elle déposa Gisèle dans une petite chaise berçante. Comme c'était bon de se bercer sans avoir rien d'autre à penser!


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