Pour moi, qui comme bien des Français, ai reçu une éducation athée, il est parfois difficile de garder le sens, l'espoir, la foi. Ayant reçu également l'héritage chrétien de ma grand-mère et celui musulman du père de mes enfants, ces questions me passionnent. Je n'interroge et je cherche un sens. Parfois je me prie à ma façon.
Quand nous avons habité à Gaspé, il y avait une très belle église. Elle était ouverte en journée, ce qui est rare au Québec et j'y ai amené les enfants, alors âgés de 4 et 6 ans. En y entrant, ils se sont agenouillés pour faire la prière musulmane. C'était très beau et une religieuse à qui j'ai raconté ça plus tard, a souri. Dieu est partout. Je rêve aujourd'hui d'églises multifonctionnelles qui pourraient servir également de mosquée, comme c'est le cas à Toronto je crois (nous avions vu ça dans une série de fiction). Cette année-là, j'étais en recherche spirituelle et j'ai interrogé ma mère quand elle est venue me voir. "À quel moment tu as perdu la foi?". Je crois qu'on était dans l'église quand je lui ai demandé. "Je l'ai peut-être jamais perdue...". Elle m'a fait cette réponse, surprenante, qu'elle renierait peut-être maintenant, sans me l'expliquer. A-t-elle trouvé une foi athée? A-t-elle des restes de son éducation chrétienne, qu'elle a renié car trop moralisatrice, trop contraignante?
J'ai eu la révélation de Dieu un soir après avoir fumé un joint avec Ameth. Nous étions allés voir une soirée poésie où ma cousine Lise lisait des textes, et à la fin, les comédiens ont demandé au public s'ils voulaient partager des poèmes. Un monsieur âgé a récité Élévation de Baudelaire : "Mon esprit tu te meus avec agilité / Envoie-toi bien loin de ces miasmes morbides". Baudelaire qu'on a tant appris à l'école, qui lui aussi devait en fumer du bon, et qui recherchait Dieu malgré tout. Avec sa voix chevrotante, ce vieux nous récitait ce poème magnifiquement. Et là, au lit avec Ameth, j'ai eu la révélation, Dieu = bon = beau = vrai! Est-ce que l'influence de l'herbe rendait ma révélation caduque? Je ne pense pas. Simplement, mon esprit athée fermé avait besoin d'un coup de pouce, d'une ouverture.
Cette révélation me guide encore. Qu'on soit athée, croyant, polythéiste ou monothéiste, il nous faut rechercher le bien. C'est ce que j'appelle Dieu.
Devrions-nous d'ailleurs voir la vie avec cette dichotomie bien/mal? Je crois que certaines cultures l'entendent autrement.
Mon père biologique que j'ai rencontré quelques fois seulement, m'a raconté avoir eu la révélation du néant à l'âge de 8 ans. Petit athée précoce. Je savais que ma grand-mère Olga était athée mais la "révélation du néant" me semble quand même extrême. Je crois qu'il est de nature un peu dépressive, et ce néant me semblait porteur de désespoir. Pourtant, croire en rien, ça peut être aussi croire en l'humain, à notre pouvoir personnel, en notre responsabilité, notre libre arbitre. Mais croire en l'humain, en notre pouvoir personnel, n'est-ce pas épuisant, n'est-ce pas trop lourd à porter, quand les croyants peuvent lâcher prise, s'en remettre à Dieu, inchallah, on verra demain, "si Dios quiere"?
Le mal, la souffrance font partie de la vie. Y voir la preuve de la non-existence de Dieu ne me convainc pas, pas plus qu'y voir des épreuves que Dieu nous soumet. Par contre, je crois qu'il faut garder espoir. Et c'est peut-être ça la foi.
Prier, à genou les mains jointes pour la prière chrétienne ou la tête collé au sol et à travers un enchaînement qui ressemble à la salutation au soleil pour les Musulmans, c'est l'humilité, c'est dire, je m'en remets à toi Seigneur, poussière je suis et poussière je redeviendrai. C'est dire, je ne sais pas de quoi demain sera fait mais chaque jour, j'accomplis ces mêmes gestes.
Cette année, j'ai eu la chance de chanter à l'église. Je l'ai fait avec beaucoup d'humilité et ça m'a permis d'en apprendre plus. Je me suis gardée de critiquer, comme savent le faire les athées. Cependant, quand mon coloc chrétien, m'a dit que toutes les églises d'Alma étaient pleines pour Pâques, je n'ai pas pu m'empêcher de lâcher "ah, parce qu'il y a encore autant de Chrétiens?". Je me suis rendue compte que si je connais assez bien la culture chrétienne, l'histoire de Jésus, etc. j'en connais assez peu sur les traditions chrétiennes. J'ignorais qu'à Pâques il y avait des messes chaque jour, qu'on faisait le chemin de croix et ce qu'était le mercredi des cendres. Et je dois dire qu'à côté du dépouillement de l'islam, les traditions chrétiennes me semblent un peu chargées. Mais je comprends l'importance des rituels, comment ils rythment les saisons et la vie des croyants, combien c'est beau de les avoir sauvegardés et l'importance pour les Juifs de sauvegarder les leurs qui sont encore plus anciens.